s. f.
Ce qui est l'objet de quelque travail ; occupation, soin, devoir, fonction. Une petite affaire. Une affaire importante. N'avoir pas d'affaire. C'était l'affaire d'un jour. Charger le fusil et tuer la bête fut l'affaire d'un instant. Je ne me suis mêlé d'aucune affaire. Être accablé d'affaires. C'est mon affaire ; vous n'avez rien à y voir. L'étude est son unique affaire. Ils ont pour unique affaire de toucher leurs rentes. C'est l'affaire d'un bon juge de.... Il est tout à son affaire. Faire son affaire d'une chose, s'en charger, en répondre. J'avancerai les frais et j'en fais mon affaire. Faire son affaire d'une chose, savoir la mettre à profit.
Vie douce et paisible, sans bruit, sans embarras d'affaires, sans inquiétude, sans soin — Bourdaloue (1632-1704)
Le czar en partant de Paris avait d'autres affaires qu'à vérifier des passages de saint Épiphane — Voltaire (1694-1778)
Tout ce qui est l'objet d'un intérêt. Abandonner un ami dans une affaire qui intéresse l'honneur. Il faut tenter l'affaire. Affaire d'honneur, ou absolument, affaire, un duel, un combat singulier. Il a une affaire d'honneur. Une première affaire, un premier duel. Affaire d'amour, un commerce de galanterie. Affaires d'esprit, les matières de goût. Il veut qu'on le consulte sur toutes les affaires d'esprit.
On parle du salut comme d'une affaire souverainement importante, et on a raison d'en parler de la sorte ; mais c'est trop peu dire : il faut ajouter que c'est une affaire absolument nécessaire — Bourdaloue (1632-1704)
Sire, j'en ai trop dit, mais l'affaire vous touche — Pierre Corneille (1606-1684)
C'est une affaire de, une question de....
Elle était de sa nature une affaire de religion chez les païens — Fontenelle (1657-1757)
La foi de beaucoup d'hommes est une affaire de géographie — Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)
C'est une affaire, la chose est difficile. Ce n'est pas une affaire, la chose n'est pas importante.
On se persuade que, comme ce n'est pas une affaire d'en [de certains défauts] être coupable, il n'y a pas aussi grand mal d'en être censeur — Massillon (1663-1742)
Et conter pour conter me semble peu d'affaire — La Fontaine (1621-1695)
Ce qu'il faut, ce qui convient. Ceci est bien mon affaire. La place qu'il a obtenue fait parfaitement son affaire.
Mais le moindre grain de mil Serait bien mieux mon affaire — La Fontaine (1621-1695)
Deux minutes feront l'affaire — La Fontaine (1621-1695)
Faire son affaire [à soi-même], faire son affaire [à un autre]. Faire son affaire [à soi-même], c'est se mettre à l'abri, s'arranger, réussir. Il fait tout doucement son affaire. Il songe à se retirer à la campagne, son affaire est bientôt faite. Faire son affaire [à un autre], c'est le châtier, lui donner une leçon, même le tuer. Son affaire est faite, il a été châtié, puni, tué. L'espion fut découvert, et on lui fit son affaire. S'il le rencontre, il lui fera son affaire.
Quand on connaît bien les péchés mortels, on tâche de ne pas commettre de ceux-là, et l'on fait son affaire — Montesquieu (1689-1755)
Le chat fut trois jours sans manger et sans pouvoir remuer ni pied ni patte ; mais il est bien heureux qu'il n'y a point de chats médecins ; car ses affaires étaient faites, et ils n'auraient pas manqué de le purger et de le saigner — Molière (1622-1673)
Avoir son affaire, en bonne part, avoir ce qui convient ; en mauvaise part, recevoir correction, châtiment, leçon.
Vouliez ou non, elle aura son affaire — La Fontaine (1621-1695)
Point d'affaire, signifie en aucune façon. Point d'affaire, signifie encore c'est en vain.
Point d'affaire, marquis — Molière (1622-1673)
J'ai beau lui faire signe et montrer que c'est ruse ; Point d'affaire, il poursuit sa pointe jusqu'au bout — Molière (1622-1673)
S. f. plur. Les affaires de quelqu'un, ce qui l'intéresse particulièrement, ce qui constitue sa situation. Il sent que l'âge vient, et il songe à mettre ordre à ses affaires. Être bien dans ses affaires. Ceux qui sont mal dans leurs affaires.
Nous sommes mal, monsieur, dans nos affaires — Molière (1622-1673)
Un valet conseiller y fait mal ses affaires [ne gagne rien de bon] — Molière (1622-1673)
Transaction, marché. J'ai fait affaire avec lui. Il me vend sa maison, l'affaire est conclue. En achetant cette terre, il a fait une mauvaise affaire, une bonne affaire. Ce mariage est pour lui une bonne affaire.
L'adjudication est remise à quinzaine ; mais je crois que je ferai affaire avant ce temps — Paul-Louis Courier (1772-1825)
Si elle le peut épouser, elle fera une très bonne affaire — Mme de Sévigné (1626-1696)
Absolument, les affaires, le commerce, l'industrie, la banque. Il est dans les affaires. Il a quitté les affaires. Les grandes affaires. Les hommes d'affaires, les gens d'affaires. Au sing. Organiser, lancer une affaire. En mauvaise part, faiseur d'affaires.
L'esprit même d'affaires ne s'était pas refusé à lui — Fontenelle (1657-1757)
S. f. pl. Tout ce qui concerne la fortune et les intérêts de l'État. Le mouvement des affaires. Les affaires d'État. Ce ministre est depuis longtemps aux affaires. Les affaires publiques sont dans une telle situation.... Loisirs que laissent les affaires. La vieillesse éloigne des affaires. Affaires spirituelles, affaires qui concernent la religion ; affaires temporelles, celles qui concernent le monde.
Ceux qui sont à la tête des affaires — Massillon (1663-1742)
Il faisait négligemment les affaires de l'empire — Bossuet (1627-1704)
Embarras, peines, querelles. On lui a suscité mille affaires désagréables et fâcheuses.
Voulez-vous qu'avec lui je me fasse une affaire ? — Molière (1622-1673)
Pourquoi chercher à lui faire des affaires [des ennemis] ? — Molière (1622-1673)
Se tirer d'affaire, se tirer d'embarras, sortir d'affaire, sortir d'embarras. Une mauvaise affaire, une affaire où l'honneur, la fortune, la vie sont engagés ; une bonne affaire, une affaire où il y a beaucoup d'argent à gagner.
.... se plaint qu'elle [mouche] agit seule et qu'elle a tout le soin ; Qu'aucun n'aide aux chevaux à se tirer d'affaire — La Fontaine (1621-1695)
Les sueurs me tireront d'affaire [me guériront] — Mme de Sévigné (1626-1696)
Procès, contestation, démêlé. La plus petite affaire d'argent. Suivre une affaire. Affaire civile. Affaire criminelle. Plaider une affaire. Instruire une affaire. Les affaires du barreau.
Voyant un président, je lui parle d'affaire — Mathurin Régnier (1573-1613)
Il plaide depuis quarante ans, plus proche de sortir de la vie que de sortir d'affaires — La Bruyère (1645-1696)
Dans un sens très vague, chose, circonstance, conjoncture.
Qu'en ce mois le manteau leur est fort nécessaire [aux voyageurs] ; Les Latins le nommaient douteux pour cette affaire — La Fontaine (1621-1695)
En t. de guerre, combat. L'affaire fut courte, mais chaude. On perdit beaucoup de monde dans cette malheureuse affaire. L'affaire avait été fort mal engagée.
Il l'en remercia quand l'affaire fut finie — Antoine Hamilton (1646-1720)
Avoir affaire de, avoir besoin de. Ironiquement.
L'un allume du feu dont j'avais bien affaire — Mathurin Régnier (1573-1613)
Vous n'avez pas trop affaire de ce détail — Mme de Sévigné (1626-1696)
Avoir affaire à quelqu'un, avoir à lui parler, à débattre avec lui. Par menace. Si vous tenez ce langage, vous aurez affaire à lui, il vous cherchera querelle, il vous en fera repentir.
Et, s'il avait affaire à quelque maladroit.... — Pierre Corneille (1606-1684)
L'homme à qui nous avons affaire n'est pas des plus fins de ce monde — Molière (1622-1673)
Avoir affaire avec quelqu'un, avoir à traiter d'affaires avec lui. J'ai affaire ce matin avec le ministre. Absolument.
Ceux avec qui ils ont affaire tous les jours — Fénelon (1651-1715)
Il a affaire, il ne peut quitter — Bossuet (1627-1704)
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française — domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0).