silence
nom, masculin · /silɑ̃sə/
Usage : très fréquent (216 occurrences par million, Lexique 3.83).
Définitions
Absence de bruit ou de parole.
Un grand silence s'est fait dans la salle.
« ... Un des campagnards, relevant sa moustache.... Impose à tous silence.... »Boileau (1636-1711)
« Ces différentes phrases [du chant du rossignol] sont entremêlées de silences, de ces silences qui, dans tout genre de mélodie, concourent si puissamment aux grands effets »Buffon (1707-1788)
Définition Francorium (CC BY-SA 4.0) · méthode.
Expressions : dans un silence religieux · faire vœu de silence · imposer silence · la loi du silence · observer le silence · observer une minute de silence · passer sous silence · réduire au silence · silence radio
Grammaire et formes (2)
- silences : pluriel · /silɑ̃sə/
- silence : singulier · /silɑ̃sə/
Témoignages historiques
Littré (1873) · 12 sens
s. m.
Etat d'une personne qui s'abstient de parler. Il se dit au pluriel. Elliptiquement, silence ! On dit aussi quelquefois : du silence, un peu de silence. Fig. Réduire au silence, ôter tout moyen de faire une réponse qui satisfasse. Fig. Imposer silence aux médisances, à la calomnie, au mensonge, etc les réduire au silence, faire que les médisances, que les calomnies, que les mensonges ne trouvent plus crédit et n'osent plus se produire.
Il supportait beaucoup de choses qu'il n'approuvait pas [chez les prédicateurs] ; et, comme il ne refusait jamais ses louanges au mérite, il donnait volontiers son silence à ce qui ne méritait pas d'être louéGuez de Balzac (1597-1654)
Faites-lui du silence, et l'écoutez parlerPierre Corneille (1606-1684)
Par analogie, il se dit du langage écrit. Le silence des journaux sur ce fait. On dit dans un sens analogue : J'ai adressé une demande à cet administrateur, à cette administration ; mais il garde, elle garde le silence. Passer une chose sous silence, n'en point parler. Ancien terme de chancellerie et de matière criminelle. Le roi imposait silence à ses procureurs généraux, lorsqu'il leur défendait de poursuivre davantage l'affaire criminelle pour laquelle il avait donné des lettres d'abolition.
Le silence est la plus grande persécution : jamais les saints ne se sont tusPascal (1623-1662)
Le seul qui s'y fait entendre [parmi les protestants] depuis tant d'années, et à qui, par un si grand silence, tous les autres semblent laisser la défense de votre cause, c'est le ministre JurieuBossuet (1627-1704)
Le silence de la loi, se dit en parlant d'un cas que la loi n'a pas prévu.
Interruption dans un commerce de lettres. Je ne puis expliquer votre long silence. Après avoir été longtemps sans vous écrire, je romps enfin le silence.
La même raison, monsieur, qui fait votre silence, fait aussi le mienMme de Sévigné (1626-1696)
Secret.
Tout cela sera plongé, s'il plaît à Dieu, dans le silence ; c'est tout le mieuxMme de Sévigné (1626-1696)
Cet amour s'est longtemps accru dans le silenceJean Racine (1639-1699)
Oubli.
Elle [cette affaire] n'est bonne qu'à jeter dans l'abîme du silenceMme de Sévigné (1626-1696)
Leur vie [des pécheurs] passe comme l'ombre ; il vient un jour fatal où périssent toutes leurs pensées ; leur mémoire fait un peu de bruit, et va se perdre dans un silence éternelFléchier (1632-1710)
Fig. Calme, absence de bruit. En le personnifiant.
On n'oit que le silence, on ne voit rien que l'ombreTHÉOPHILE
Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraiePascal (1623-1662)
Fig. Absence d'agitation morale. Le silence des passions, le temps où elles laissent l'âme libre et calme. Imposer silence à ses passions, les réprimer, empêcher qu'elles ne troublent l'âme.
Si nous imposons silence à nos sensBossuet (1627-1704)
Il faut briser ses chaînes, s'élever par des efforts redoublés jusqu'au monde intellectuel, s'approcher peu à peu de la suprême intelligence, et en contempler la nature divine dans le silence des sens et des passionsJean-Jacques Barthélemy (1716-1795)
Interruption dans un bruit.
Il n'y a point d'intervalle sensible entre les vibrations ; il n'y a point de silence entre les sons : voilà pourquoi le son paraît continuCONDIL.
Les échos assoupis ne livrent au zéphire Que des soupirs mourants, de silences coupésLamartine (1790-1869)
Terme de musique. Chacun des moments pendant lesquels, dans le courant d'un morceau, les chanteurs ou les instruments se taisent. Par extension.
Ces différentes phrases [du chant du rossignol] sont entremêlées de silences, de ces silences qui, dans tout genre de mélodie, concourent si puissamment aux grands effetsBuffon (1707-1788)
Les sons et leur durée ne sont pas les seuls éléments de la musique ; le silence plus ou moins long y joue aussi un rôle fort importantFrançois-Joseph Fétis (1784-1871)
Il se dit, dans la déclamation, des suspensions que fait celui qui parle.
Il [Lekain] a quelquefois des silences trop longs ; il en faut comme en musique, mais il ne faut pas les prodiguerVoltaire (1694-1778)
Si Mlle Durancey entend, comme je le crois, le grand art des silencesVoltaire (1694-1778)
Terme de peinture. Se dit, par opposition à fracas, du calme ou de la simplicité qui règne dans une composition, dans le coloris et la disposition des lumières. Il y a du silence dans ce tableau.
Étymologie : Provenç. silenci, s. m. et silencia, s. f. espagn. silencio ; ital. silenzio ; du lat. silentium, de silere, se taire, qu'on rapproche du goth. silan, être tranquille ; comparez aussi le bas-bret. sioul, tranquille. L'ancienne langue avait le verbe siler, se taire : XIIIe siècle. [Le rossignol] S'en va et si va silant
Historique : XIIIe s. Silence te convient avoir, Silence est signe de savoir XIVe s. Et fut silence faite Une abusion est entre vous, que, si une de vous soit mise en silence par sa culpe, elle ne devroit lire, ne chanter, ne veer le sacrement de la messe XVe s. En imposant, sur ce, silence à nostre procureur et à tous autres procureurs d'office Mais non pourquant tint il au fort Sa silence jusqu'à la mort XVIe s. ... D'un tel propos la silence rompit Tout le monde assistant et escoutant en bonne silence.... Frere Jean rumpant cestuy tant obstiné silence Ils ne vont pas souvent aux champs, d'autant qu'ils …
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0). Tout ce témoin.
Académie française, 8e édition (1935) · 13 sens
n. m.
Fait de ne pas parler; état de celui qui s’abstient de parler. Observer le silence. Faire silence. Imposer silence. Rompre le silence. Garder le silence sur une chose. Mon silence vous en dira plus que mes paroles. Le silence est quelquefois éloquent. Un silence prudent. Je vous demande du silence, un instant de silence. Une minute de silence. Il souffre en silence. On a acheté son silence. Un long silence. Un profond silence. Le silence règne.
Il s’emploie elliptiquement, par forme d’interjection, au lieu de Faites silence, faisons silence. Silence, messieurs. On dit aussi : Du silence; un peu de silence.
Fig., Imposer silence aux médisants, à la calomnie, au mensonge, etc., les réduire au silence, Faire que leurs médisances, leurs calomnies, etc., ne trouvent plus de crédit et qu’ils soient par là forcés de se taire.
Fig., Imposer silence à ses passions, Les réprimer, empêcher qu’elles ne troublent l’âme, qu’elles ne l’agitent.
SILENCE se dit, par extension, du Fait de ne pas exprimer sa pensée, oralement ou par écrit. Depuis longtemps, cet écrivain garde le silence. On l’a réduit au silence.
Passer une chose sous silence, N’en point parler. Passez cela sous silence. Je passe sous silence ses infidélités.
SILENCE se dit encore de l’Absence de mention d’une chose, du manque de témoignage sur un sujet, sur un fait. Les historiens font silence sur ce fait. Le silence des journaux sur cet incident est significatif.
Le silence de la loi se dit pour exprimer que Le fait dont il s’agit n’est pas prévu par la loi.
SILENCE se dit encore de la Cessation de commerce de lettres entre personnes qui étaient dans l’habitude de s’écrire. Il y a longtemps que je n’ai reçu de vos nouvelles : quelle est la cause de votre silence, de ce long silence? Après avoir été longtemps sans vous écrire, je romps enfin le silence.
Il désigne aussi le Calme, la cessation de toute sorte de bruit. Le silence de la nuit. Le silence des bois. Rien ne trouble le silence qui règne en ces lieux. Vivre dans la retraite et dans le silence.
Faire une chose dans le silence, La faire secrètement, avec mystère. Les conjurés concertèrent dans le silence la perte du tyran.
SILENCE, en termes de Musique, se dit de l’Interruption du son dans une phrase musicale. Ce morceau est coupé par des silences.
Il se dit aussi des Signes qui marquent cette interruption. Il y a sept sortes de silences : la pause, la demi-pause, le soupir, le demi-soupir, le quart de soupir, le huitième de soupir et le seizième de soupir. Observer les silences.
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935), domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire. Tout ce témoin.
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