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nuit

nuit

nom, féminin · /nɥi/

Usage : très fréquent (662 occurrences par million, Lexique 3.83).

Définitions

  1. Période comprise entre le coucher et le lever du soleil, marquée par l'obscurité ; par opposition au jour.

    Il a plu toute la nuit.

    « Ah ! Nuit, si tant de fois, dans les bras de l'amour, Je t'admis aux plaisirs que je cachais au jour »Boileau (1636-1711)

    « Les nuits, plus tristes encore que les jours, ôtent à M. de Montausier la douceur de la compagnie, et ne lui donnent pas celle du repos »Fléchier (1632-1710)

Définition Francorium (CC BY-SA 4.0), relu en interne · méthode.

Expressions : la nuit des temps · la nuit porte conseil · la nuit, tous les chats sont gris · ne pas fermer l'œil de la nuit · nuit blanche · passer une nuit blanche · triste comme un bonnet de nuit

Grammaire et formes (2)
  • nuits : pluriel · /nɥi/
  • nuit : singulier · /nɥi/

Témoignages historiques

Littré (1873) · 14 sens

s. f.

  1. L'espace de temps qui suit le crépuscule du soir, jusqu'au crépuscule du matin. Il fait nuit. Il se fait nuit. À nuit tombante. La nuit, pendant la nuit ; cette nuit, la nuit qui va venir ou qui vient de s'écouler. Fig. Je ne m'en relèverai pas la nuit, c'est-à-dire c'est une chose dont je ne me soucie guère. Nuit close, nuit fermée, le moment où la nuit est devenue complète. Oiseaux de nuit, les oiseaux de proie que le jour incommode et qui chassent à la tombée de la nuit. La nuit tombe tout à coup, c'est-à-dire le crépuscule ne dure guère. Se mettre à la nuit, s'exposer à être surpris par la nuit. Bon soir et bonne nuit, ou je vous souhaite une bonne nuit, se dit en prenant congé, le soir, des personnes avec qui l'on vit en familiarité. Nuit blanche, nuit passée dans l'insomnie. Une bonne nuit, une nuit pendant laquelle on dort bien dans son lit. Passer une bonne nuit. Une mauvaise nuit, une nuit pendant laquelle on ne dort pas, en raison de souffrances physiques ou morales. Passer une mauvaise nuit. On dit dans le même sens : bien passer, mal passer la nuit. On dit d'un malade : Comment a-t-il passé la nuit ? c'est-à-dire a-t-il eu une bonne, une mauvaise nuit ? Ce malade ne passera pas la nuit, c'est-à-dire il mourra dans la nuit. Passer la nuit à étudier, à jouer, à danser, à boire, etc. étudier, jouer, etc. pendant toute la nuit. Absolument. Passer la nuit, veiller hors de son lit. Il y a autant à dire que du jour à la nuit, c'est-à-dire la différence est extrême. Il ne dort pas toute la nuit, se dit d'un homme qui a du souci, des affaires qui le font veiller. Nuit sacrée, dans les dates des manuscrits, la veille de Pâques. Fig. Faire un trou à la nuit, voy. TROU.

    Tout obscure qu'elle est, la nuit a beaucoup d'yeux, Et n'a pas pu cacher votre forfait aux cieuxRotrou (1609-1650)

    Soit lorsque le soleil rentre dans sa carrière, Et que, n'étant plus nuit, il n'est pas encor jourLa Fontaine (1621-1695)

  2. Dans le langage poétique ou élevé. Les feux de la nuit, les étoiles. L'astre des nuits, la reine des nuits, la lune. Les voiles de la nuit, l'obscurité de la nuit.

    Figurez-vous une nuit tranquille et belle, qui dans un ciel net et pur étale tous ses feuxBossuet (1627-1704)

    Le soleil a cédé l'empire à la pâle reine des nuitsLamartine (1790-1869)

  3. Bonnet de nuit, coiffure de nuit, bonnet, linge dont on se couvre la tête pour dormir. Familièrement. Triste comme un bonnet de nuit, très triste, très sombre. Chemise de nuit, chemise que l'on met le soir en se couchant, et que l'on quitte le jour. Table de nuit, table que l'on place à côté de son lit pour divers besoins. Pot de nuit, vase que l'on a près de soi pendant la nuit pour satisfaire aux besoins naturels. Sac de nuit, sac dans lequel on emporte ce qui est nécessaire dans un voyage, surtout pour la nuit.

    Chez certaines femmes, les mœurs de parade et les mœurs négligées sont aussi différentes que la coiffure de jour et la coiffure de nuitDUFRESNY

  4. Terme de peinture. Effet de nuit, scène où l'on ne voit point d'autres clairs ni d'autres reflets que ceux qui paraissent venir de la lueur de la lune, d'une bougie, d'une lampe, ou d'une lanterne. Une nuit, un tableau qui représente un effet de nuit. Une nuit du Corrége.

  5. Terme de mythologie. Déesse qui préside à la nuit, et qui était figurée avec un voile semé d'étoiles, portée sur un char et traînée par des chevaux noirs (on met une majuscule).

    Tout beau ! charmante Nuit, daignez vous arrêter ; Il est certain secours que de vous on désire ; Et j'ai deux mots à vous dire De la part de JupiterMolière (1622-1673)

    Mais la Nuit aussitôt de ses ailes affreuses Couvre des Bourguignons les campagnes vineusesBoileau (1636-1711)

  6. Fig. Les faveurs d'une femme.

    Ils achetèrent de leur vie une nuit de CléopâtreJean-Jacques Rousseau (1712-1778)

  7. Nuit d'un cheval, en termes d'auberge, le foin, la paille qu'on lui donne pendant la nuit. Terme de pêche. Harengs d'une nuit, ceux qui ont été pris la nuit du jour où on les livre. Terme de vénerie. Faire sa nuit dans un lieu, y repaître, s'y reposer, en parlant d'un animal. Défaire la nuit d'une bête, la rencontrer dans l'endroit où elle a fait sa nuit. On dit aussi que le faucon se perche pour faire sa nuit.

  8. Une obscurité quelconque. Fig. La nuit des temps, les temps reculés dont les traditions sont effacées.

    Mais jusque dans la nuit de mes sacrés déserts....Boileau (1636-1711)

    Mais quelle épaisse nuit tout à coup m'environne ?Jean Racine (1639-1699)

  9. La nuit du tombeau, ou des tombeaux, la nuit du cercueil, la nuit éternelle, la nuit infernale, c'est-à-dire la mort, le séjour de la mort. On dit dans le même sens : nuit sans matin, nuit sans réveil, nuit noire. L'éternelle nuit, se dit aussi de la damnation éternelle.

    Avant que je te suive en la nuit du tombeauRotrou (1609-1650)

    Et tomber avec moi dans la nuit du cercueilRotrou (1609-1650)

  10. Fig. Obscurité qui, par une cause interne, physique ou morale, se répand sur la vue.

    D'une soudaine nuit ses beaux yeux sont couvertsVoltaire (1694-1778)

  11. Fig. Ténèbres de l'esprit ou du cœur. La nuit de l'ignorance, se dit des époques ou des pays privés de connaissances, de lumières.

    Mes beaux jours sont voilés d'une effroyable nuitMathurin Régnier (1573-1613)

    J'aime mieux croire que c'est qu'il ne peut y avoir de nuit dans votre esprit, et qu'étant, comme il est, une source de clarté, les ténèbres qui appesantissent les autres ne lui peuvent nuireVoiture (1597-1648)

  12. Fig. Ce qui cache, enveloppe comme ferait la nuit.

    Et pouvez-vous, seigneur, souhaiter qu'une fille.... Qui, dans l'obscurité, nourrissant sa douleur, S'est fait une vertu conforme à son malheur, Passe subitement de cette nuit profonde Dans un rang qui l'expose aux yeux de tout le monde ?Jean Racine (1639-1699)

    De la nuit du silence un secret peut sortirVoltaire (1694-1778)

  13. De nuit, loc. adv. Pendant la nuit.

    Mais serais-tu fille à travailler de nuit ?Regnard (1655-1709)

  14. Nuit et jour, ou jour et nuit, loc. adv. Sans cesse. Ni jour ni nuit, jamais.

    Elle [la mort] lui fut [à le Tellier malade] nuit et jour toujours présente ; car il ne connaissait plus le sommeilBossuet (1627-1704)

    Tant de jets d'eau qui ne se taisaient ni jour ni nuitBossuet (1627-1704)

Étymologie : Wallon, nute, neit ; bourg. neu ; picard, neuit ; angoumois, neut ; provenç noit, noich, nuoit, nuot, nueh, nuh ; cat. nit ; esp. noche ; port. noite ; ital. notte ; du latin noctem ; all. Nacht ; goth. naths ; angl. night ; russe, notch ; sanscr. naktā. M. Ad. Regnier, Idiome des Védas, p. 120, pense que naktā se rattache à la racine naj, avoir honte, et signifie, comme l'autre participe nagna, la nue, latin nuda ; il fait remarquer l'analogie entre l'allemand Nacht, nuit, et nackt, nu.

Historique : XIe s. Icele noit [ils] n'ont onques escalgaite [sentinelle], Ch. de Rol. CLXXVIII [Que] Nuls ne reçoit [reçoive] hom ultre treis nuis, si.... XIIe s. Va s'en li jors, si vient la nuiz serie Grans fu li dex [deuil] la nuit en Roncevaux Et gesir mainte nuit au vent et à l'orage Mais à dame de valor Doit on penser nuit et jor Tant requist nuit et jor la mere al creatur, Qu'ele li tramesist santé de sa dolur Ainceis [avant] fu neire nuit que il eüst supé XIIIe s. La nuit après souper, quand vint à l'enserir.... Et la nuis estoit mout et hideuse et oscure Dont se departirent à une avesprée de l'os…

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0). Tout ce témoin.

Académie française, 8e édition (1935) · 26 sens

n. f.

  1. Espace de temps pendant lequel le soleil est sous notre horizon. Nuit obscure, claire, calme, profonde. Nuit tombante. Nuit close. à la tombée de la nuit. En hiver, la nuit vient presque tout d’un coup, la nuit tombe tout d’un coup. Il fait nuit. Il se fait nuit. Il est nuit noire. La nuit nous a pris nous a surpris à une lieue de la ville. La nuit de Noël, de la Saint-Jean. La nuit du dimanche au lundi, du lundi au mardi, etc. Au commencement, à l’entrée, au milieu, à la fin de la nuit. à deux heures de nuit. Bien avant dans la nuit. Une partie de la nuit. Les ténèbres, l’obscurité, les ombres de la nuit. La solitude le calme le repos, le silence de la nuit. Une belle nuit d’été. Une longue nuit d’hiver. Aux pôles, la nuit dure six mois. à la faveur de la nuit. La première nuit de ses noces. Avez-vous bien dormi cette nuit? Veiller toutes les nuits. La nuit est faite pour dormir. Faire de la nuit le jour et du jour la nuit. Veilleur de nuit. Le hibou, les orfraies sont des oiseaux de nuit. La nuit est bien longue à qui ne dort point.

  2. Bonnet de nuit, Bonnet dont on se couvre la tête pour dormir. Fam., Triste comme un bonnet de nuit, Chagrin, mélancolique. Chemise de nuit, Chemise que l’on met le soir en se couchant et que l’on quitte le jour. Table de nuit, Vase de nuit, Table, vase que l’on place à côté de son lit. Sac de nuit, Sac dans lequel on emporte ce qui est nécessaire dans un voyage, surtout pour la nuit.

  3. Nuit blanche, Nuit qu’on passe sans dormir.

  4. Bon soir et bonne nuit ou Je vous souhaite une bonne nuit se dit en prenant congé, le soir, des personnes avec qui l’on vit en familiarité.

  5. Passer la nuit à étudier, à jouer, à danser, à boire, étudier, jouer, etc., pendant toute la nuit.

  6. Passer une bonne nuit, Bien dormir dans son lit; et, Passer une mauvaise nuit, être agité ou souffrant dans son lit et ne point dormir ou peu dormir. On dit de même Bien passer, mal passer la nuit. On dit aussi d’un malade : Comment a-t-il passé la nuit? Il a eu une bonne, une mauvaise nuit.

  7. Passer la nuit signifie absolument Veiller hors de son lit. Il a passé la nuit auprès de ce malade. Voilà cinq nuits que je passe.

  8. Ce malade ne passera pas la nuit, Il mourra dans la nuit.

  9. Prov, La nuit porte conseil. Voyez

  10. CONSEIL.

  11. Prov. et fig., La nuit tous les chats sont gris Voyez

  12. CHAT.

  13. Poétiq., Les feux de la nuit, Les étoiles. L’astre des nuits, La lune. Les voiles de la nuit, L’obscurité de la nuit. La nuit a déployé, a replié ses voiles.

  14. Poétiq. et fig., La nuit du tombeau, l’éternelle nuit, La mort.

  15. NUIT signifie aussi, par extension, Obscurité, ténèbres. Il se trouva alors dans une nuit profonde.

  16. Fig., La nuit des temps, Les temps reclués dont les traditions sont effacées. L’origine de cet usage se perd dans la nuit des temps.

  17. En termes de Peinture, Effet de nuit, Tableau représentant une scène de nuit, éclairée par une lumière artificielle ou seulement par la faible lueur que l’atmosphère conserve durant la nuit.

  18. DE NUIT

  19. loc. adv.

  20. Pendant la nuit. Aller, marcher, partir de nuit.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935), domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire. Tout ce témoin.

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR, entrée nuit#43044.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.