monstre
nom, masculin · /mɔ̃stʁə/
Usage : fréquent (45 occurrences par million, Lexique 3.83).
Définitions
Être imaginaire et effrayant présent dans les mythes et les légendes.
Dans la légende, le héros affronte un monstre à trois têtes.
« Cependant cet oiseau qui prône les merveilles, Ce monstre composé de bouches et d'oreilles, La renommée... »Boileau (1636-1711)
« La tête d'un homme sur le corps d'un cheval nous plaît ; la tête d'un cheval sur le corps d'un homme nous déplaira ; c'est au goût à créer des monstres »Diderot (1713-1784)
Organisme, animal ou personne présentant une malformation grave et inhabituelle.
« La plupart des monstres le sont avec symétrie, le dérangement des parties paraît s'être fait avec ordre »Buffon (1707-1788)
« M. Lemery soutenait que la formation des monstres était due uniquement à des causes accidentelles qu'il assignait, et qu'il savait employer avec beaucoup de sagacité et d'esprit »Charles Bonnet (1720-1793)
Personne d'une cruauté ou d'une perversité extrême.
Cet homme est un monstre, il a détruit sa propre famille.
« De six monstres qui se disaient filles d'honneur, et d'une duègne autre monstre qui se portait pour gouvernante de ces rares beautés »Antoine Hamilton (1646-1720)
« Quels monstres d'opinions se faut-il mettre dans l'esprit ? »Bossuet (1627-1704)
Familier. Fam. Chose ou personne d'une taille ou d'une ampleur extraordinaire.
On a mangé un monstre de sandwich pour le déjeuner.
« Une femme constante est un monstre nouveau Que le ciel a produit pour être mon bourreau »Destouches (1680-1754)
Définitions Francorium (CC BY-SA 4.0) · méthode.
Expressions : monstre sacré
Grammaire et formes (2)
- monstres : pluriel · /mɔ̃stʁə/
- monstre : singulier · /mɔ̃stʁə/
Témoignages historiques
Littré (1873), entrée 2 · 1 sens
s. f.
Diagramme qui indique, pour un morceau de musique, le nombre de vers que le poëte doit faire, et le nombre de syllabes que chacun de ces vers doit avoir.
Et prenant la plume, Rossini traça brièvement le scénario de la situation, et fit des monstres pour la coupe des vers destinés à la mélodieA. AZEVEDO
Étymologie : C'est sans doute le même mot que montre, écrit autrefois monstre.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0). Tout ce témoin.
Littré (1873), entrée 1 · 12 sens
s. m.
Corps organisé, animal ou végétal, qui présente une conformation insolite dans la totalité de ses parties, ou seulement dans quelques-unes d'entre elles. Les fleurs doubles sont des monstres. Cette femme est accouchée d'un monstre.
Les miracles sont plus rares que les monstresGuez de Balzac (1597-1654)
On peut réduire en trois classes tous les monstres possibles : la première est celle des monstres par excès ; la seconde, des monstres par défaut ; et la troisième, de ceux qui le sont par le renversement ou la fausse position des partiesBuffon (1707-1788)
Les êtres physiques imaginés par les mythologies et par les légendes, dragons, minotaures, harpies, divinités à formes étranges, etc. Les Centaures étaient des monstres. La Chimère était un monstre. Polyphème était un monstre.
Vous adorez en vain des monstres impuissantsPierre Corneille (1606-1684)
Tous les monstres d'Égypte ont leurs temples dans RomePierre Corneille (1606-1684)
Par assimilation, les êtres allégoriques auxquels on donne soit des formes étranges, soit des inclinations malfaisantes.
Cependant cet oiseau qui prône les merveilles, Ce monstre composé de bouches et d'oreilles, La renommée...Boileau (1636-1711)
Et le barreau n'a pas de monstres si hagards Dont mon œil n'ait cent fois soutenu les regardsBoileau (1636-1711)
Par exagération, les animaux d'une grandeur extraordinaire. Poétiquement. Les monstres des forêts, les bêtes féroces qui habitent les forêts. Fig. Monstres marins, les grands cétacés. Par extension. On a servi des monstres sur cette table, on y a servi des poissons d'une grandeur extraordinaire.
Croit-on que dans ses flancs un monstre m'ait porté ?Jean Racine (1639-1699)
L'Américain farouche est un monstre sauvage Qui mord en frémissant le frein de l'esclavageVoltaire (1694-1778)
Fig. Un monstre, une chose dont on s'effraye. Faire un monstre d'une chose, la représenter comme dangereuse, pénible, etc. Se faire un monstre de quelque chose, s'imaginer qu'une chose est très pénible, très difficile. Se faire des monstres de tout, s'exagérer les difficultés de toute chose.
La Mousse [à propos d'un projet de voyage en province] a été un peu ébranlé des puces, des punaises, des scorpions, des chemins et du bruit qu'il trouvera peut-être ; tout cela était un monstre dont je me suis bien moquéeMme de Sévigné (1626-1696)
Cette timidité, en nous montrant sans cesse des monstres où il n'y en a pasJean-Jacques Rousseau (1712-1778)
Fig. Par analogie et par transition du physique au moral, personne cruelle, dénaturée, ou remarquable par quelque vice poussé à l'excès. Il se dit, par antiphrase, de quelque qualité qui nous cause autant de peine que ferait un vice. Monstre s'est dit, par esprit d'intolérance, des hérétiques, des infidèles et des athées. Populairement, dans le même sens, un monstre de nature. On a dit dans un sens analogue : des monstres de la société des monstres qui outragent la société. C'est un monstre d'ingratitude, un monstre d'avarice, de cruauté, etc. se dit d'une personne qui montre une noire ingratitude, qui est d'une sordide avarice, etc. Monstres d'hommes, hommes remarquables par leur méchanceté. Monstre se dit aussi, par exagération et par plaisanterie, d'une personne à qui on reproche quelque énormité. Ces monstres d'hommes n'en font pas d'autres.
T'ai-je peint ces tristes Tisiphones [les femmes qui haïssent leurs enfants], Ces monstres pleins d'un fiel que n'ont point les lionnes ?Boileau (1636-1711)
Caligula, Néron, Monstres dont à regret je cite ici le nomJean Racine (1639-1699)
Par exagération, personne extrêmement laide. On dit dans le même sens : un monstre de laideur.
Son avarice.... Le fit dans une avare et sordide famille Chercher un monstre affreux sous l'habit d'une filleBoileau (1636-1711)
De six monstres qui se disaient filles d'honneur, et d'une duègne autre monstre qui se portait pour gouvernante de ces rares beautésAntoine Hamilton (1646-1720)
Fig. Toute chose qui est comparée à un monstre pour sa grosseur, sa laideur, sa grossièreté, sa disproportion, son abomination.
Que nous avons nommé le monstre de l'octave, ou une octave défectueuseDescartes (1596-1650)
Apprenez enfin qu'un gentilhomme qui vit mal est un monstre dans la natureMolière (1622-1673)
Sorte de ciseaux à longs anneaux.
Nom vulgaire de la mésange à longue queue.
Monstre double, monstre simple, nom de deux variétés de tulipes.
Adj. Dans le langage populaire, prodigieux, monstrueux, énorme, extraordinaire. Un bouquet monstre. Un dîner monstre. Un concert monstre.
Étymologie : Provenç. mostre ; espagn. monstruo ; portug. monstro ; ital. mostro ; du lat. monstrum, qui vient directement de monere, avertir, par suite d'une idée superstitieuse des anciens : quod moneat, dit Festus, voluntatem deorum. Monstrum est pour monestrum ; monstrare (voy. MONTRER) est le dénominatif de monstrum.
Historique : XIIe s. Dont poroies veoir un molt horrible monstre.... si tu les oylz [yeux] del cuer avoies enlumineiz XIIIe s. Il atendoit que li poinz apareust et li mostres que Merlins li dist ; mais ne demora puis gaires que li mostres lor aparut en l'air Et quant ele [une infirme] aloit, ele portoit son chief près de terre pié et demi, apuiée d'un baston.... et sembloit un mostre, si que, quant les enfanz la veoient, il s'enfuioient XVIe s. Une beauté cruelle est un monstre en nature La cour est un monstre de plusieurs testes et consequemment de plusieurs langues et plusieurs voix Je diray un monstre […
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0). Tout ce témoin.
Académie française, 8e édition (1935) · 12 sens
n. m.
être qui a une conformation contre nature. Monstre hideux. Un monstre à deux têtes. Cette femme est accouchée d’un monstre.
Il se dit aussi des Végétaux. Les fleurs doubles sont des monstres.
MONSTRE se dit encore de Certains êtres imaginaires qui figurent dans les fables des anciens. Les Centaures, la Chimère, le Minotaure, les Cyclopes étaient des monstres.
Fig., Se faire un monstre de quelque chose, S’imaginer qu’une chose est extraordinaire, très difficile.
MONSTRE signifie aussi être d’une grandeur démesurée. Les monstres marins, Les grands cétacés.
Par apposition et familièrement, il désigne un être ou une Chose énorme, extraordinaire. Un poisson monstre. Un bouquet monstre. On a servi un déjeuner monstre.
MONSTRE se dit, par exagération, de Ce qui est extrêmement laid. Cette femme est affreusement laide, c’est un monstre. On dit dans le même sens Un monstre de laideur.
Il se dit, figurément, d’une Personne cruelle et dénaturée. Néron était un monstre. C’est un monstre qu’il faudrait étouffer.
C’est un monstre d’ingratitude, un monstre d’avarice, un monstre de cruauté, se dit d’une Personne qui montre une grande ingratitude, qui est d’une sordide avarice, etc.
Il se dit encore, dans le langage familier, de Personnes à qui l’on fait des reproches. Ce monstre d’homme. Petit monstre!
En termes d’Arts, il désigne le Modèle type d’une machine, d’un dispositif.
Il se dit encore, dans le langage familier, d’un Premier projet, d’une ébauche. Avant de vous mettre à la rédaction définitive de votre ouvrage, vous m’en soumettrez un monstre.
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935), domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire. Tout ce témoin.
Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR, entrée monstre#40645.