merci
nom, masculin · /mɛʁsi/
Usage : très fréquent (216 occurrences par million, Lexique 3.83).
Définitions
Parole ou geste par lequel on exprime sa reconnaissance envers quelqu'un.
Il m'a adressé un merci chaleureux.
Synonyme : remerciement.
« Dieu merci, les ennemis de la raison sont aussi bêtes que fanatiques »D'Alembert (1717-1783)
« Goûtez bien cela, il est de Léandre, et il ne me coûte qu'un grand merci »La Bruyère (1645-1696)
À la merci de : entièrement dépendant du pouvoir, de l'arbitraire ou du bon vouloir de quelqu'un.
Les naufragés étaient à la merci des vagues.
« Me voilà, grâce à vous, à la merci de mes gens »Diderot (1713-1784)
« Ils n'ont pas voulu livrer tant de peuples à la merci d'un homme fougueux »Fénelon (1651-1715)
Sans merci : sans aucune pitié, sans indulgence, en parlant d'un combat ou d'une lutte.
Les deux équipes se livrent une lutte sans merci.
« Merci de ma vie, le premier qui avance, je lui donnerai de ces deux épées dans le ventre »Dancourt (1661-1725)
« Eh ! oui, merci de ma vie, je m'y suis intéressée, elle nous coûte assez pour cela »Lesage (1668-1747)
Définitions Francorium (CC BY-SA 4.0) · méthode.
Expressions : Dieu merci · être à la merci de · merci d'avance · sans merci
Grammaire et formes (2)
- mercis : pluriel · /mɛʁsi/
- merci : singulier · /mɛʁsi/
Témoignages historiques
Littré (1873) · 5 sens
s. f. sans pluriel.
Grâce, faveur, récompense ; usité seulement en ce sens dans cette locution du style des romans de chevalerie : Don d'amoureuse merci, les dernières faveurs de l'amour.
Conclusion, que Renaud sur la place Obtint le don d'amoureuse merciLa Fontaine (1621-1695)
Il est aussi usité avec le sens de grâce, faveur, dans la locution : Dieu merci, c'est-à-dire par la merci, la grâce de Dieu. Dans cette locution merci est féminin ; la locution complète est : la Dieu merci, ou la merci Dieu, comme on peut voir à l'historique ; Dieu y est régime : merci de Dieu, comme dans hôtel-Dieu, c'est-à-dire hôtel de Dieu. Cela signifie proprement non pas remerciement à Dieu, mais grâce, faveur de Dieu. Une merci de Dieu, poignard qu'on a aussi nommé miséricorde. Merci de ma vie, merci de moi, exclamations populaires qui annoncent l'impatience, la colère.
Quelque rare que soit le mérite des belles, Je pense, Dieu merci, qu'on vaut son prix comme ellesMolière (1622-1673)
Dieu merci, tout alla à souhaitMme de Sévigné (1626-1696)
Par une extension de sens qui est aussi dans grâce (comparez faire grâce, demander grâce), sentiment par lequel on fait aux autres la faveur de les épargner. Un homme sans merci. Dans cette circonstance, n'attendez aucune merci. Être, se mettre à la merci de quelqu'un, être, se mettre à sa discrétion, c'est-à-dire dans une situation telle qu'il fera grâce, qu'il donnera merci, s'il veut. Par extension. Fig. À la merci de, en parlant des choses qui nous dominent et dont nous sommes le jouet. Crier merci, demander merci, demander la merci, la faveur de celui que l'on supplie, demander d'être épargné. Prendre à merci, recevoir à merci, faire grâce.
Selon d'anciennes coutumes féodales, le peuple était réputé corvéable et taillable à merci et miséricorde
L'exemple de leur race à jamais abolie, Devait sous ta merci tes rebelles ployerMalherbe (1555-1628)
L'ordre de la Merci, de Notre-Dame de la Merci (avec une majuscule), ordre religieux institué pour racheter les captifs des mains des infidèles. L'ordre de la Merci fut institué en 1223 par saint Pierre Nolasque, sous la règle de saint Augustin.
S. m. Un grand merci, un remerciement. Par forme de plainte. Voilà le grand merci que j'en ai, c'est-à-dire voilà la reconnaissance qu'on me témoigne pour les services que j'ai rendus. Dire merci, remercier. Il ne m'en a pas seulement dit merci. Absolument, merci, grand merci, c'est-à-dire je vous rends grâce. Vous me donnez cela, merci, grand merci. Merci, grand merci, se dit aussi pour refuser. Merci, isolé de grand, s'emploie toujours sans article. On n'a qu'à parcourir l'historique et à se référer à l'étymologie, et l'on verra que merci est féminin d'origine et a toujours été employé au féminin. S'il est devenu masculin dans grand merci, c'est que, dans l'ancienne langue, grand était aussi bien féminin que masculin, et grand merci était régulier. Mais au XVIe siècle on a cru que grand était au masculin, et cela a entraîné à dire un grand merci.
Je veux que la docte cohorte Vous en doive le grand merciCHAPELLE
Goûtez bien cela, il est de Léandre, et il ne me coûte qu'un grand merciLa Bruyère (1645-1696)
Étymologie : Berry et bourg. marci ; provenç. merce, mercey ; esp. merced ; port. mercé ; ital. mercè ; du lat. mercedem, récompense, grâce, faveur. Merces, comme merx, se rattache à mereri (voy. MARCHAND). Du sens de faveur, de grâce, on a passé à celui du sentiment qui fait faire faveur, faire grâce, épargner. Grand merci, c'est la grande faveur (que vous me faites), de là le sens de remercîment.
Historique : Xe s. Qued avuisset de nos Christus mercit XIe s. Par le sien Deu, qu'il ait mercit de moi Clamez vos coulpes, si priez Deu merci Ce camp [champ de bataille] est vostre, mercit Deu, et le mien XIIe s. Sire, dist-ele, grant merci [je] vous en rent Vous, dame, doit-il membrer [souvenir], Qu'en gentil cuer [cœur] doit-on trover merci V Et quant je plus merci vous doi crier XIIIe s. Dame, lonc temps [j'] ai fait vostre service, La merci Dieu ; qu'or n'en ai mais talent [volonté] Seigneur, en tel maniere vuellent cil de la cité rendre la ville en ma merci, sauves leur vies Toutes les gens qui avoec…
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0). Tout ce témoin.
Académie française, 8e édition (1935) · 4 sens
n. f.
qui n’a point de pluriel. Miséricorde. Crier, demander merci. Prendre, recevoir à merci. C’est un homme sans merci, qui ne vous fera aucune merci, dont vous ne devez point attendre de merci. J’implore votre merci. Se rendre à merci. Selon d’anciennes coutumes féodales, le peuple était réputé corvéable et taillable à merci et miséricorde.
être, se mettre à la merci de quelqu’un, être, se mettre à sa discrétion. être à la merci du vainqueur. Je me mets à votre merci. On dit dans une acception à peu près semblable : Ce berger a laissé son troupeau à la merci des loups. Cet homme a passé la nuit dans un bois, à la merci des bêtes sauvages. être à la merci des flots, à la merci de l’orage.
MERCI est aussi une Sorte d’interjection qu’on emploie pour remercier, pour rendre grâce. Vous m’avez rendu un vrai service : merci! Merci de m’avoir répondu si aimablement. Merci à vous, merci de votre obligeance. Dire merci. Substantivement au masculin, Grand merci. Mille mercis. Il s’emploie souvent aussi dans le sens négatif. Voulez-vous une tasse de thé? - Merci. Dans ce sens Grand merci s’emploie aussi ironiquement. Vous me chargez là d’une agréable commission : grand merci! On dit encore ironiquement : Voilà le merci, le grand merci que j’en ai, tout le merci que j’en ai, Voilà la reconnaissance que j’en ai pour le bien que je lui ai fait.
Dieu merci, Grâce à Dieu. Il est guéri, Dieu merci. Dieu merci, je n’ai rien à me reprocher.
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935), domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire. Tout ce témoin.
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