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génie

génie

nom, masculin · /ʒɛni/ ou /ʒeni/

Usage : fréquent (45 occurrences par million, Lexique 3.83).

Définitions

  1. Aptitude créatrice exceptionnelle, dépassant largement la mesure commune.

    Son génie éclate dans chacune de ses œuvres.

    « Ajoutons que le génie dans la force même de l'âge n'est pas de toutes les heures, et que surtout il craint les approches de la vieillesse »Abbé d'Olivet (1682-1768)

    « Je sens de jour en jour dépérir mon génie »Boileau (1636-1711)

  2. Personne douée d'une telle aptitude exceptionnelle.

    « Je ne demande point.... Ni même, vœu plus doux ! que la main d'Uranie Embellisse mon front des palmes du génie »André Chénier (1762-1794)

    « Ce n'était pas seulement la guerre qui lui donnait de l'éclat ; son grand génie embrassait tout, l'antique comme le moderne, l'histoire, la philosophie, la théologie la plus sublime, et les arts avec les sciences »Bossuet (1627-1704)

  3. Caractère propre et distinctif d'une personne, d'une langue ou d'une époque.

    Elle étudie le génie de la langue française.

    « Quelques vérités qui flattaient le génie de la nation »Antoine Hamilton (1646-1720)

  4. Armée. Corps militaire ou technique chargé des constructions, fortifications ou infrastructures.

    Un officier du génie a dirigé la construction du pont.

Définitions Francorium (CC BY-SA 4.0) · méthode.

Expressions : coup de génie · un éclair de génie

Grammaire et formes (2)
  • génies : pluriel · /ʒeni/ ou /ʒɛni/
  • génie : singulier · /ʒeni/ ou /ʒɛni/

Témoignages historiques

Littré (1873) · 1 sens

  1. Suffixe qui répond au grec γένεια, production, et qui, dans les termes didactiques, se joint à d'autres mots avec le sens de production, par exemple : hétérogénie, etc.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0). Tout ce témoin.

Littré (1873) · 10 sens

s. m.

  1. Terme du polythéisme. Esprit ou démon bon ou mauvais qui présidait à la destinée de chaque homme. On jurait par son génie. Le jour de la naissance on offrait un sacrifice au génie. Le mois de décembre était cher aux génies [à cause des repas des saturnales]. On racontait que le mauvais génie de Brutus lui avait apparu la veille de la bataille de Philippes. Le génie de Socrate, dit aussi démon (voy. DÉMON), voix qui se faisait entendre à lui pour le détourner de ce qu'il avait résolu, et non pour l'exhorter à rien entreprendre. Fig. Le bon génie, le mauvais génie de quelqu'un, la personne qui, par ses exemples ou ses conseils ou ses actions, exerce une influence heureuse ou funeste sur la destinée de quelqu'un. Fig. Un bon génie, une circonstance favorable. Il se disait aussi des esprits ou démons qui présidaient à de certains lieux, à des villes, etc. Le génie du lieu. Le génie de Rome. Génie tutélaire. Par extension. Le génie de la France, l'ange tutélaire de la France. Fig. Le génie de la peinture, de la musique, le génie qu'on imagine comme présidant à chacun de ces arts.

    Pour la dernière fois il faut que je vous nie Ce qu'exige de moi votre mauvais génieJean Mairet (1604-1686)

    Mon génie étonné tremble devant le sienJean Racine (1639-1699)

  2. Par extension, dans la féerie, nom donné aux différents esprits que recélaient les éléments, les bois, les montagnes, etc. Évoquer les génies.

    À peine eut-elle commencé à frotter cette lampe, qu'en un instant, en présence de son fils, un génie hideux et d'une grandeur gigantesque s'éleva et parut devant elle et lui dit d'une voix tonnante : Que veux-tu ? me voici prêt à t'obéir comme ton esclave et de tous ceux qui ont la lampe à la main, moi avec les autres esclaves de la lampeGALLAND

    Invoquons la faveur de ces puissants génies à qui des bois sacrés les nymphes sont uniesCasimir Delavigne (1793-1843)

  3. Terme d'iconologie. Figures allégoriques d'enfants ou d'hommes ailés, qui, selon les attributs qu'on leur donne, représentent les vertus, les arts, les passions, etc.

  4. Fig. Talent inné, disposition naturelle à certaines choses (sens qui fut un néologisme dans la latinité et qui vient des qualités brillantes qu'on attribuait aux génies). En mauvaise part. Avoir le génie du mal, de la destruction. Son génie le porte à mal faire. De génie, se dit d'un travail inspiré par la propre invention de l'auteur, et quelquefois en s'écartant des règles communes.

    Il est bon de s'accommoder à son sujet ; mais il est encore meilleur de s'accommoder à son génieLa Fontaine (1621-1695)

    Les mêmes degrés se rencontrent entre les génies qu'entre les conditionsPascal (1623-1662)

  5. Particulièrement, aptitude spéciale dépassant la mesure commune soit dans les lettres et les beaux-arts (concevoir et exprimer), soit dans les sciences et la philosophie (inventer, induire, déduire, systématiser), soit dans l'action telle que celle de l'homme d'État, du militaire, etc. Homme de génie. Fig. Ce qui inspire comme fait le génie. Joint à des épithètes défavorables il exprime le peu de génie, de capacité qu'a une personne. Génie borné. Petit génie. Pauvre génie. Génie médiocre. On le dit aussi en ce sens, par modestie, en parlant de soi-même.

    Le génie et les grands talents manquent souvent, quelquefois aussi les seules occasions ; tels peuvent être loués de ce qu'ils ont fait ; et tels, de ce qu'ils auraient faitLa Bruyère (1645-1696)

    Tel, aux premiers accès d'une sainte manie, Mon esprit alarmé redoute du génie L'assaut victorieuxJean-Baptiste Rousseau (1671-1741)

  6. Personne de génie. Un beau génie. Ce génie fut la lumière de son siècle. Ironiquement. Avec une épithète défavorable, il se dit d'un homme de peu d'esprit, de peu de portée. Familièrement. Ce n'est pas un génie, se dit d'une personne qui a peu d'imagination, peu d'intelligence.

    Il ne fallait qu'ouvrir l'entrée des affaires à un génie si perçant, pour l'introduire bien avant dans les secrets de la politiqueBossuet (1627-1704)

    Sitôt que d'Apollon un génie inspiré Trouve loin du vulgaire un chemin ignoré, En cent lieux contre lui les cabales s'amassentBoileau (1636-1711)

  7. Fig. Caractère propre et distinctif de personnes. Caractère propre et distinctif de choses. Terme de médecine. Caractère des affections régnantes. Génie inflammatoire. Génie bilieux.

    Il est vrai que du ciel la prudence infinie Départ à chaque peuple un différent géniePierre Corneille (1606-1684)

    ....Enfin, Burrhus, Néron découvre son génie ; Cette férocité que tu croyais fléchir. De tes faibles liens est prête à s'affranchirJean Racine (1639-1699)

  8. Terme de guerre. L'art de l'attaque et de la défense des places, des postes, etc. École d'artillerie et du génie. L'arme du génie. Absolument. Le génie, le corps des troupes de cette arme. Un officier du génie. Génie militaire, se dit souvent aussi par opposition au corps des ingénieurs civils qu'on nomme le génie civil.

    S'il se rencontrait des obstacles imprévus dans la carrière du génie, peut-être pourrais-je tourner mes idées d'un autre côtéPaul-Louis Courier (1772-1825)

  9. Le génie civil, l'art des constructions civiles. Le corps d'ingénieurs chargé de ces constructions.

  10. Génie maritime, l'art de construire les vaisseaux. Corps d'officiers institué pour appliquer les hautes sciences à l'architecture navale.

Étymologie : Prov. genh, geinh, gienh, ginh ; cat. geni, giny ; esp. et ital. genio ; du lat. genius, génie, démon favorable. Génie est moderne en français ; la forme ancienne aurait été très voisine de celle du provençal, l'accent en latin étant sur ge.

Historique : XVIe s. Bertrand Duguesclin fut un genie de ce caractere

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0). Tout ce témoin.

Académie française, 8e édition (1935) · 13 sens

n. m.

  1. L’esprit ou le démon, soit bon, soit mauvais, qui, selon l’opinion des anciens, accompagnait les hommes depuis leur naissance jusqu’à leur mort. Bon génie. Mauvais génie. Le génie de Socrate. Génie familier. C’est votre bon génie qui vous a inspiré ce dessein. Poussé d’un mauvais génie. Je ne sais quel malin génie me poursuit.

  2. Fig., Le bon génie, le mauvais génie de quelqu’un, La personne qui par ses conseils ou ses exemples exerce sur lui une bonne ou une mauvaise influence. Cet homme fut son mauvais génie. Sa soeur fut son bon génie.

  3. Il se dit aussi des Esprits ou démons qui, selon l’opinion des anciens, présidaient à de certains lieux, à des villes, etc. Le génie du lieu. Le génie de Rome, du peuple romain. Génie tutélaire.

  4. Le génie de la peinture, de la poésie, de la musique, etc., Le génie qu’on suppose présider à chacun de ces arts.

  5. Il se dit également des Gnomes, des sylphes, des ondins et autres personnages fantastiques, qu’on trouve dans les traditions populaires et dans les contes de fées. évoquer les génies. Il crut entendre la voix d’un génie. Un génie lui apparut.

  6. Il se dit, en termes de Poésie, de Sculpture et de Peinture, des êtres allégoriques représentant les arts, la science, l’industrie, une idée abstraite. Le génie de la Liberté. Il se dit, par extension, des Figures pour lesquelles on représente ces êtres. Le génie de la Bastille.

  7. Il signifie encore Talent, disposition naturelle, aptitude pour une chose. Suivre son génie. S’abandonner à son génie. Forcer son génie. Avoir du génie pour les affaires, pour la poésie. Avoir le génie de la peinture, de la musique, etc. Le génie de la guerre. On le dit quelquefois en mauvaise part. Avoir le génie du mal, de la destruction.

  8. Il se dit, particulièrement, de cette Qualité des esprits supérieurs qui les rend capables de créer, d’inventer, d’entreprendre des choses extraordinaires, etc.; et, dans ce sens, on l’emploie souvent absolument. C’est un homme de génie. Cet homme a du génie. L’essor, le feu, l’enthousiasme du génie. Les écarts du génie. L’ascendant du génie. étouffer le génie naissant. être dépourvu de génie. Génie universel. Il est doué d’un génie supérieur. Il a une grande supériorité de génie. Son génie sut maîtriser la fortune. Le génie d’Homère, de Raphaël, de Racine, de Descartes.

  9. Il se joint quelquefois à des épithètes défavorables pour exprimer Le peu de génie ou de capacité d’une personne. Génie étroit, borné Pauvre génie. Petit génie. Génie médiocre.

  10. Il se dit également de Celui qui a du génie. Cet homme est un beau génie, un génie supérieur. Les grands génies qui ont fait la gloire de ce règne.

  11. Il signifie aussi Caractère propre et distinctif. Le génie d’une nation, d’un peuple. Chaque peuple a son génie. Le génie de la langue française est la clarté.

  12. Il signifie encore Art de fortifier, d’attaquer, de défendre une place, un camp, un poste. Le génie militaire.

  13. Par extension, il se dit du Corps des officiers des soldats qui font l’application de cet art. Il est entré dans le génie. Officier du génie. Les troupes du génie. On dit aussi Génie maritime, génie civil pour désigner l’Ensemble des Ingénieurs de la marine et des Ingénieurs civils.

Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935), domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire. Tout ce témoin.

Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR, entrée génie#30815.

Entrée morphologique (v0.1). Données JSON : lemme.