bord
nom, masculin · /bɔʁ/
Usage : très fréquent (154 occurrences par million, Lexique 3.83).
Définitions
Partie qui limite ou termine une surface ou un objet.
Il s'est assis sur le bord de la table.
« L'honneur est comme une île escarpée et sans bords »Boileau (1636-1711)
« De peur que je n'en gronde, Verse au moins jusqu'au bord »Béranger (1780-1857)
Bande de terrain qui longe une étendue d'eau ou une voie.
Nous avons pique-niqué au bord de la rivière.
« Achille était absent, et son père Pélée L'avait, tu t'en souviens, rappelé de ces bords »Jean Racine (1639-1699)
Espace intérieur d'un navire, d'un avion ou d'un véhicule, destiné à accueillir les passagers et l'équipage.
Bienvenue à bord de ce vol pour Lisbonne.
« Le capitaine me prit à son bord avec mon domestique »Chateaubriand (1768-1848)
« N'est-ce pas nous rendre au naufrage Après nous avoir mis à bord ? »Malherbe (1555-1628)
Définitions Francorium (CC BY-SA 4.0) · méthode.
Expressions : à ras bord · au bord de l'abîme · au bord des larmes · au bord du gouffre · jeter par-dessus bord · les moyens du bord · pas de panique à bord · seul maître à bord après Dieu · virer de bord
Grammaire et formes (2)
- bords : pluriel · /bɔʁ/
- bord : singulier · /bɔʁ/
Témoignages historiques
Littré (1873) · 10 sens
s. m.
Terme de marine. Côté d'un vaisseau. Le bord du vaisseau fut enfoncé par une lame furieuse. Le bord du vent, le bord qui est du côté d'où le vent souffle, par opposition au bord sous le vent, qui est l'autre bord. Rouler bord sur bord, éprouver un roulis continu. Virer de bord, changer de route ; et au figuré, changer de conduite. Vaisseau de haut bord, autrefois, tout bâtiment qui naviguait au long cours, par opposition aux petits bâtiments plats qu'on désignait sous le nom de vaisseaux de bas bord ; aujourd'hui vaisseau de guerre à plusieurs ponts. Bord à bord, locution adverbiale qui s'emploie pour exprimer la proximité de deux bâtiments. Les deux vaisseaux étant bord à bord. Par extension. La rivière est bord à bord du quai, elle est si haute que le bord de la rivière se confond avec le bord du quai, elle affleure le quai.
Bordée. Le navire courait des bords. Courir bord sur bord, louvoyer à petites bordées, de manière à ne guère changer de place. Le bon bord, la bordée qui rapproche du but ; le mauvais bord, celle qui en éloigne ; et au figuré, courir le bon bord, se livrer à la piraterie ; et, par extension, faire des siennes. Fig. et dans le langage familier, être du bord de quelqu'un, être de son avis, de son parti. Nous disons maintenant, non pas dans son bord, mais de son bord. Il est seul de son bord, il est seul de son avis.
La connétable Colonne ne contraignit pas ses mœurs à Rome, ni de courir le bon bord, du vivant et surtout depuis la mort de son mariSaint-Simon (1675-1755)
Il verra M. de Seignelay dans son bordMme de Sévigné (1626-1696)
Le vaisseau même. Étant passé de son bord sur celui de l'amiral. Aller ou monter à bord. Aussitôt tous les équipages furent à bord. Mettre à bord. À bord ! commandement de revenir au vaisseau.
Achillas à son bord [au bord du vaisseau de Pompée] joint son esquif funestePierre Corneille (1606-1684)
Vingt corsaires pourtant montèrent sur son bordLa Fontaine (1621-1695)
Extrémité d'une surface quelconque, par comparaison avec le bord d'un vaisseau. Les bords d'un bouclier. Les bords d'un chapeau. Frotter d'un topique les bords d'une plaie.
Rivage de la mer. Il s'avança jusqu'au bord de la mer. Suivre le bord de la mer. Venir ou arriver à bord. Par extension, en langage poétique, région, pays. Se fixer sur les bords ausoniens. Les sombres bords, la demeure des morts. Fig.
L'honneur est comme une île escarpée et sans bordsBoileau (1636-1711)
N'est-ce pas nous rendre au naufrage Après nous avoir mis à bord ?Malherbe (1555-1628)
Le rivage d'un fleuve, d'une rivière, d'un lac, d'un torrent. Sur le bord d'un fleuve, d'un ruisseau. Les bords du Rhône, de l'Eurotas. En suivant les bords du lac de Genève. Couler à pleins bords.
Tel en un secret vallon, Sur le bord d'une onde pure, Croît à l'abri de l'aquilon Un jeune lis, l'amour de la natureJean Racine (1639-1699)
En même temps que l'eau [d'un fleuve] les a rongés [ses bords], elle a élargi son lit, c'est-à-dire qu'elle a perdu de sa hauteur et de sa force ; ce qui étant arrivé à un certain point, il se fait encore un équilibre entre la force de l'eau et la résistance des bords, et les bords sont établisFontenelle (1657-1757)
Ce qui borde un puits, une fontaine, un fossé. Le bord d'un puits. Narcisse couché sur le bord de la fontaine. Fig. Vieillard qui est sur le bord du tombeau, sur le bord de sa fosse. Il arrête un ami sur le bord de l'abîme. Être au bord du précipice.
Cette bouteille donna la mort au pape, et mit son fils au bord du tombeauVoltaire (1694-1778)
Vois-je l'État penchant au bord du précipice ?Jean Racine (1639-1699)
Limite d'un chemin. Maison de campagne qui est au bord de la route.
Orifice d'un vase. Remplir un verre jusqu'aux bords. Familièrement. Un rouge bord, un verre plein de vin jusqu'au bord. Boire des rouges bords. Boire à rouge bord.
De peur que je n'en gronde, Verse au moins jusqu'au bordBéranger (1780-1857)
C'est l'orgie opulente enviée au dehors, Contente, épanouie, Qui rit, et qui chancelle, et qui boit à pleins bords, De flambeaux éblouieVictor Hugo (1802-1885)
Bout en parlant des lèvres. Mouiller le bord de ses lèvres. Avoir un mot sur le bord des lèvres, être sur le point de se le rappeler et de le prononcer. Avoir un aveu sur le bord des lèvres, être tout disposé à le faire. Fig. Avoir l'âme sur le bord des lèvres, être près de mourir. Tour des yeux. Il a le bord des yeux rouge et malade. Bordure d'un vêtement. Tunique ayant un bord de pourpre. Heureux ceux qui purent seulement toucher le bord de ses vêtements. Ruban, galon, qui sert à border. Un mètre de bord. Endroit où la cloche a le plus d'épaisseur. Bord de front, tresses qui se placent sur le bord d'une perruque.
Étymologie : Espagn. et ital. bordo ; de l'anc. haut allem. bort, bord d'un vaisseau. Il y a aussi dans le celtique : gaél. bord, planche ; cornw. bord ; kymri, burdd, table ; et dans le germanique : anc. scand. bord ; anc. haut allem. bort, table, planche. Le bord est donc proprement une planche ; et l'étymologie permet de saisir l'enchaînement des significations. La première est celle de bord d'un vaisseau, c'est-à-dire ouvrage fait en planches ; puis, par métonymie, ce qui borde, ce qui renferme, ce qui limite, ce qui est à l'extrémité.
Historique : XIIIe s. À tant se sont empaint en mer, En retraiant pour avoir bort ; Toutes les nès issent du port XIVe s. Sa nef.... Tu en cele emprise douteuse Bort à bort contre l'orgueilleuse, Qui si fut très durement grande À Huguelin de Champdivers, enlumineur de livres, pour sa paine et sallaire d'avoir enluminé par les bors et relié une grant heures pour monseigneur le duc de Thourraine Mais au bort du fossé vint li ducs chiere lie, Et voit les assaillants faisant gran envaïe XVe s. Ne jouez plus de vostre sort, Car trop le passez oultre bort XVIe s. Aratus non pour cela ne voulut oncques y mener se…
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, domaine public. Numérisation XMLittré, François Gannaz (CC BY-SA 3.0). Tout ce témoin.
Académie française, 8e édition (1935) · 21 sens
n. m.
L’extrémité d’une surface ou Ce qui la termine, la ligne qui forme le contour d’une chose. Le bord d’une robe, d’un manteau. Le bord d’un verre. S’asseoir sur le bord d’un chemin. Le bord, les bords d’un précipice.
Avoir un mot sur le bord des lèvres, être ou se croire tout près de se souvenir d’un mot, d’un nom qu’on a oublié et qu’on cherche à se rappeler. Avoir un aveu, un secret sur le bord des lèvres, éprouver une grande envie de faire un aveu, de révéler un secret.
Fig., être au bord du précipice, être sur le bord du précipice, être près de tomber dans un malheur, dans quelque grand danger; être sur le point de se perdre, d’être ruiné. On dit en des sens analogues Conduire, pousser quelqu’un au bord du précipice; l’arrêter au bord du précipice.
Un rouge bord, Un verre de vin rempli jusqu’au bord.
Il se dit aussi de Tout ce qui s’étend vers les extrémités de certaines choses. Le bord, les bords d’un plat, Tout ce qui est depuis la partie concave d’un plat jusqu’à l’extrémité. Les bords d’un chapeau, Tout ce qui excède par en bas la forme d’un chapeau. Chapeau à grands bords, à petits bords, à bords relevés.
Il se dit particulièrement du Terrain, du sol qui est le long de la mer, d’un fleuve, autour d’un lac, etc. Se promener sur le bord, sur les bords de la mer. Le bord de l’eau. Le bord, les bords d’une rivière, d’un lac, d’un étang. Cette plante ne croît que sur les bords de la mer. Les bords du Rhin sont fort pittoresques. Cette rivière coule à pleins bords. Poétiquement, Les sombres bords, Les bords du Cocyte, l’enfer païen.
Venir, arriver à bord, Atteindre le rivage, arriver au bord de l’eau, au bord de la mer. Il se dit d’un bateau ou d’un navire.
Il ne put atteindre le bord et se noya, Il ne put atteindre le rivage et se noya.
Elliptiq., à bord, à bord. Cri de gens qui sont sur un navire pour avertir qu’ils veulent aller à terre, ou de gens qui sont sur le rivage pour demander à s’embarquer.
Au pluriel, il se dit poétiquement des Régions, des contrées environnées d’eau. Les bords africains. Les bords indiens. Vivre sur les bords étrangers. Il a quitté ces bords. Il s’est éloigné de nos bords.
Il se dit aussi d’une Espèce de ruban ou galon, d’une bande d’étoffe dont on borde certaines parties de l’habillement. Mettre un bord à un chapeau, à une jupe.
BORD, en termes de Marine, désigne le Côté d’un bâtiment, d’un vaisseau. De quel bord vient le vent. S’appuyer sur le bord d’un navire. Sauter par-dessus le bord. Le bord d’un bateau. Ces deux bâtiments sont bord à bord, Côté à côté. Faire feu des deux bords en même temps. Voyez
BÂBORD et TRIBORD.
Virer de bord, Changer de route, en mettant au vent un côté du bâtiment pour l’autre. Figurément et familièrement, Changer la direction de sa conduite, s’attacher à un autre parti. Cet homme est inconstant, il a viré de bord en mainte occasion.
Courir bord sur bord, Louvoyer à petites bordées, tantôt à droite, tantôt à gauche, pour se maintenir à la même place, ou pour ne changer de place que le moins possible.
Rouler bord sur bord, éprouver un roulis violent et continu.
être bord à quai, se dit quand l’un des côtés du bâtiment touche à un quai.
Vaisseau de haut bord se disait autrefois de Tout bâtiment qui naviguait au long cours, par opposition à Vaisseau de bas bord, qui se disait de Tout petit bâtiment plat. Vaisseau de haut bord ne se dit plus aujourd’hui que des Bâtiments de guerre à plusieurs ponts.
Il se dit aussi du Navire, du bâtiment même. Le capitaine nous régala sur son bord. Il a tant de matelots, de soldats, de passagers à son bord. Prendre quelqu’un à bord, sur son bord. Monter à bord. Coucher à bord. Aller à bord. Envoyer à bord. Il était à bord de l’amiral. être consigné à bord. Descendre, sortir du bord. Quitter le bord.
Fig., être du bord de quelqu’un, être de son parti, de son avis, de son opinion.
Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition (1932-1935), domaine public. Numérisation ATILF/Chicago, conversion communautaire. Tout ce témoin.
Source de l'entrée : Morphalou 3.1, licence LGPL-LR, entrée bord#10163.